Afrodescendance, l’autre connexion avec l’Afrique

Le besoin de connaître et comprendre l’Afrique est de plus en plus fort au sein de la diaspora africaine. Le festival Afrodescendance* en est une illustration éclatante.

Par Jane Roussel

En novembre 2017, le monde ouvrait des yeux horrifiés sur l’esclavagisme en Libye. Rama Konaté, créatrice du festival Afrodescendance, revient sur cet événement pour expliciter sa démarche. « On est sortis dans la rue, on était choqués, mais je me suis dit : finalement, qu’est-ce qu’on fait ? En quoi notre communauté agit pour faire avancer les choses ? » Elle se renseigne alors sur les événements qui commémorent les grandes dates de l’histoire du continent africain. « Je n’ai rien trouvé, explique-t-elle. Alors j’ai décidé qu’on allait monter un festival baptisé Afrodescendance. » En trois mois, elle organise la première édition qui se tient le 10 mai 2018.

L’idée au cœur du projet

Il s’agit de rappeler aux Africains, pas seulement de France, les fondements de leur histoire continentale, et les orienter vers un avenir basé sur l’entraide. Le festival, qui s’étale sur trois jours, s’articule autour de trois pôles principaux : culture, histoire et entrepreneuriat. « Au cœur de notre histoire ici, il y a l’immigration, la colonisation et l’esclavage, mais pas seulement », dit Rama Konaté. Selon elle, il faut aller plus loin et renverser la vision négative de l’histoire des peuples africains encore trop marquée par des blessures. « On a un problème avec notre histoire, on dirait qu’elle commence avec l’esclavage. On ne parle pas assez de toutes les valeurs qui étaient là avant », poursuit-elle. Voilà pourquoi le festival va proposer une journée complète de conférences autour de l’histoire du continent. Qui étaient les pharaons noirs ? Qui étaient les reines et les rois d’Afrique ? « Reprendre les bases de notre histoire est essentiel pour réussir à se construire, insiste Rama. On a un héritage très intéressant sur la question de la sagesse en Afrique, beaucoup d’entre nous l’ignorent. » L’objectif de la journée sur ce thème est de transformer l’histoire en un savoir positif.

Monter un réseau d’entrepreneurs africains

Mais savoir d’où l’on vient n’est pas la seule finalité d’Afrodescendance : « L’autre but, c’est de motiver la jeunesse », ajoute Rama Konaté. La journée sur le thème de l’entrepreneuriat doit prouver aux jeunes Africains qu’on peut réussir. Il s’agit de les inciter à arrêter de se victimiser et les aider à prendre en main leur destin. « J’en ai marre d’entendre : je ne trouve pas de boulot parce que je suis noir », reprend la jeune femme, avant de rappeler que « l’entrepreneuriat en Afrique, on l’a dans le sang ». « Regardez tous les gamins qui commencent à vendre des choses dès leur plus jeune âge ! » indique-t-elle. Et d’insister sur l’objectif du festival de changer la vision du présent pour les Africains de France : « On voit beaucoup les success-stories de footballeurs africains, mais pas beaucoup celles des autres… » plaisante-t-elle. Avant de revenir sur des clichés qui ont la peau dure : « On nous identifie toujours au petit artisan qui vend du Wax, mais cette journée des entrepreneurs va montrer à tous les visiteurs qu’il n’y a pas que cela. »

Dans l’entrepreneuriat, l’architecture, la culture, la gastronomie

Joignant le geste à la parole, elle a décidé de faire venir des figures emblématiques. Ainsi de l’architecte Pierre Goudiaby Atepa, concepteur du magistral monument de la Renaissance qui surplombe Dakar au Sénégal. Il donnera une conférence qui ne manquera pas d’intéresser nombre de jeunes. Autres volets mis en avant : les cultures et gastronomies d’Afrique. Une belle illustration : pour la première fois cette année, le Festival de Cannes a abrité un « Pavillon Afriques » destiné à promouvoir le cinéma du continent. Karine Barclais, à l’initiative du pavillon, va organiser dans le festival Afrodescendance des ateliers sur des thèmes comme « Comment se vendre en tant qu’acteur ? En tant que réalisateur ? » Pour la gastronomie aussi ainsi que pour la musique, des échanges seront organisés. De quoi mettre en avant des trésors encore bien gardés de l’Afrique et des trésors que les Africains de la diaspora sont prêts à partager.

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